PADDINGTON, Savoy Theatre
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Ces dernières années, on a pas mal fréquenté le Savoy Theatre. Après l’annulation désastreuse de Sunday in the Park with George (avec Jake Gyllenhall), pour de cause pandémie, on a enfin pu s’y rendre pour assister à Sunset Boulevard en 2023, puis Mean Girls en 2025. De retour en ce début d’année, on y a découvert Paddington The Musical, une toute nouvelle création bigrement enthousiasmante.
Toujours basée sur les personnages créés par Michael Bond en 1958, la comédie musicale reprend plus ou moins l’intrigue du premier film. Le livret écrit par Jessica Wale en conserve l’esprit et en propose une toute nouvelle lecture, ainsi que de nombreux changements. Tom Fletcher a composé la musique et les paroles.De ce côté de la Manche, on n’était pas vraiment familier de son travail (chanteur, auteur de livres pour enfants…) avant de cliqueter sur le site du théâtre dans l’Eurostar. Il a écrit une partition très pop, très anglaise, très élégante, teintée de sonorités caribéennes et ponctuée de touchantes ballades. Certains morceaux vont, à coup sûr, devenir des standards, à l’instar de Pretty Little Dead Things, interprété par Victoria Hamilton-Barritt. Elle incarne avec un plaisir visible Millicent Clyde, la méchante sadique et particulièrement diabolique. Et drôle aussi.


Le spectacle compte de nombreux showstoppers. On en a adoré deux. Le premier est un numéro flamboyant, très Busby-Berkeley-ien (sans les demoiselles en bikini), une ode à la comédie musicale de l’Age d’Or, avec juste ce qu’il faut de second degré. Le morceau s’appelle sans doute Marmalade. C’est en tout cas une chanson en forme de déclaration d’amour à la marmelade. Avec une flopée de danseurs, dans un ensemble formidable. Et de la marmelade. Partout. Du génie. Le second est tout aussi flamboyant et très émouvant. C’est le grand numéro de Bonnie Langford (légende du West End, et de Broadway), qui habite -presque seule- la grande scène du Savoy. On n’a d’yeux que pour elle, qui incarne un pan de l’Histoire de la comédie musicale et qui nous offre un immense numéro qui fait songer à Rose’s Turn. Un instant suspendu au milieu des aventures de l’ourson. Un vrai cadeau.
Un autre cadeau, et une autre prouesse, c’est évidemment Paddington lui-même. Il est incarné physiquement par Arti Shah qui revêt le costume et lui donne toute sa bonhommie. En coulisse (et parfois sur scène), James Hameed réalise un travail exceptionnel : il est la voix parlée et chantée de Paddington. Il anime également à distance le visage de l’ourson. Une prestation sans aucun doute unique. Et le résultat est à la fois un comble de mignonnerie et un éblouissement.
On va être honnête une seconde. On avait hâte de voir Paddington The Musical. Mais on craignait un peu d’assister à un spectacle enfantin. S’il est définitivement adapté au jeune public, c’est aussi (et surtout, pour nous) un divertissement d’une immense qualité artistique. Quand on arrive dans un théâtre sans s’attendre à rien, on n’en sort que plus épaté par le spectacle. Et par le casting parfait. Et par la mise en scène et le travail visuel, notamment les décors riches et les vidéos qui s’y fondent. C’est un peu un condensé du talent anglais en matière de conte et de comédie musicale.
Tom Fletcher et Jessica Wale ont traité avec un grand respect ce monument de la culture anglaise. Et ils ont prolongé les valeurs que porte Paddington. Le petit ours est un parangon d’altruisme. Il défend avec ferveur la politesse, le respect de la règle et de l’autre. Plongé dans un monde qui bouillonne d’individualisme et qui vibre autour de lui sans l’apercevoir, il devient l’incarnation de celui qu’on ignore, puis qu’on rejette. Puis tout finit bien évidemment, dans un Londres multiculturel où le voisin n’est plus craint mais célébré. On se réjouit que Paddington The Musical aborde avec optimisme les maux qui minent nos sociétés. Et qu’il les tartine de marmelade, de paillettes et de pop. On sort revigoré d’un tel spectacle. Et on repense à la couverture du premier volume de Paddington en vitrine de Hatchards : A Bear Called Paddington – Marmalade Magic and Mayhem. Raffiné, spirituel. Pas mieux.




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